jeudi 22 juin 2023

 Place Lesseps de Dominique Picard

Dans ce court récit ( mais il ne faut pas se fier à cette brièveté), auquel un voyage ou plutôt plusieurs voyages de l'auteure avec sa mère à Barcelone et à différentes époques, servent de fils conducteurs, de nombreuses thématiques s'entremêlent: la vie de la famille avant la guerre civile, les souffrances endurées pendant la répression ( " l'exil ne m'a pas semblé plus dur que la faim "), l'éteignoir mis par les franquistes sur la vie quotidienne des Catalans, la violence des affrontements, la résurgence du passé en dépit des destructions et des mutations de la ville etc.

Y transparaît aussi la relation mère-fille dont la complexité s'exprime par exemple dans la non transmission de la langue catalane à l'enfant ( "La parenté si proche de cette langue inconnue dont elle affirmait que nous aurions pu la parler ne souffrait pas le partage...") et que le voyage dans la ville natale de la mère, alors plus âgée, plus fragile, transforme en un lien plus étroit et charnel.

On aime cet entrelacement des temps, celui des récits des voyages à Barcelone, de l'enfance de l'auteure, de celle de sa mère, toutes ces temporalités où l'on se perd parfois.

A sa façon, Dominique Picard est  une vraie peintre, ses petites touches précises, claires sonnent juste et ont beaucoup de force évocatrice. Et puis , il y a cette émotion contenue qui, en dépit du style (volontairement ?) distancié, traverse tout le texte et nous bouleverse.

Juin 2023, Yolande Fermon, lectrice

dimanche 18 juin 2023





Place Lesseps
 

18 juin 2023. Nouveau livre de Dominique Picard:  «  Place Lesseps » . Français / Catalan 

50 pages, 14 euros 

L'exil ne m'a pas semblé plus dur que la faim

Voyage à Barcelone de l'auteure et de sa mère réfugiée de la guerre d'Espagne.

L'exili no m'ha semblat més dur que la fam

Notes del viatge a Barcelona de l'autora i de la seva mare, refugiada de la Guerra Civil Espanyola.

lundi 14 novembre 2022

Bénédicte




 Dernier livre de Dominique Picard : « Bénédicte »,  40 pages avec 4 reproductions noir et blanc. Novembre 2022.

Cet ouvrage rassemble cinq textes à propos de l’artiste Bénédicte Hubert Darbois et de son œuvre.

samedi 23 avril 2022


 23 avril 2022

«  Tableaux » Dominique Picard aux éditions LE BEL ÉTÉ. 

120 pages. Prix: 14 euros

lebelete18@gmail.co


samedi 23 octobre 2021



24 Octobre 2021

" Les Grands Magasins du Louvre ", Dominique Picard,  81 pages, prix: 14 euros

Depuis Madeleine au Bois d'Amour, un de ses premiers ouvrages, Dominique Picard décrit son expérience personnelle, des épisodes vécus, vus, entendus, sous forme de récits, de fragments, de textes courts, sans chronologie, juxtaposés, ressassant les mêmes motifs.

Dans Les Grands Magasins du Louvre, elle se souvient de son arrivée à Paris en 1970, évoque un couple, une ville de province et ce qu'elle appelle, le gris des femmes

vendredi 16 juillet 2021

" Croquis, ébauches, esquisses " ( juillet 2021 )

- 90 pages, 14 euros -

Des croquis d'artistes et d'écrivains: Léo Delarue, Pierre Bergounioux, Bénédicte Hubert Darbois, Jean-Yves Pennec, Hélène Launois, Michel Dugué, Claude Briand-Picard, Loly Darcel, Dominiqur De Beir.

Des esquisses, un journal de voyage et des textes courts: Malagar, Barcelonne, des îles, un autoportrait.

Dominique Picard continue d'interroger sa curiosité de la peinture et de la musique.

 


lundi 17 mai 2021

Note de Jacques Josse publiée en avril 2021 dans la revue remue.net

 Récit de Dominique Picard


Ce n’est pas seulement de fin de vie dont il est ici question mais aussi du quotidien de celles (ce sont en effet la plupart du temps des femmes) qui accompagnent les personnes âgées dans leurs derniers mois, dernières semaines, derniers jours. Pendant vingt ans, de 1988 à 2008, Dominique Picard a dirigé à Paris une association venant en aide à ceux qui, malgré le grand âge, souhaitent terminer leur vie (ou tout au moins rester le plus longtemps possible) chez eux. Elle évoque les différents obstacles qu’il faut surmonter pour que cela se passe au mieux et met en lumière le travail invisible, ingrat, harassant et déstabilisant des intervenants à domicile.

« Ces appartements vétustes sentent la pharmacie et la poussière, de grands salons, mais des cuisines et des salles de bain exiguës, des équipements fissurés, qui favorisent des écoulements. Des fauteuils et des divans, on voit les péniches sur la Seine, la Tour Eiffel ou le dôme de l’Hôtel des Invalides. »

Il y a l’ancien juge, la photographe, le conseiller d’état, l’antiquaire, le retraité de Gaz de France, le peintre, la morphinomane, celle qui fut miss Allier, celui qui connaissait Jean Guitton, bien d’autres qui égrènent quelques souvenirs de leur vie d’antan ou qui ne s’en rappellent tout simplement plus. Il y a les doux, les odieux, les racistes, les amoureux, les irascibles, les élégants raffinés, les petits bourgeois autoritaires et près d’eux, dans leur appartement de gens plutôt aisés, les salariés de l’association qui passent des heures, jour et nuit, au chevet de ces êtres en bout de course.

« J’explique le métier, les aides à domicile, des femmes, près de deux cents maintenant venues d’Afrique : Cameroun, Sénégal, Mali, Burkina Faso, Togo, Maroc, Algérie, Tunisie mais aussi de Colombie, d’Iran, du Liban, de Roumanie, de Pologne, plusieurs, parfois, chez une même personne, la guerre entre elles quand la mort est là avec les esprits mal intentionnés qui viennent perturber les vivants, et les sorts. Dans mon bureau, on raconte ces dieux qui font souffrir, on pleure, j’écoute. Les décès, sept, huit, tous les mois. »

Outre l’immersion au sein de l’association, l’organisation mise en place, l’appui psychologique, l’investissement humain que nécessite ce travail de l’ombre et les frottements des différentes cultures – qui appréhendent la mort différemment –, la force du livre de Dominique Picard réside dans la parole donnée aux femmes qui assistent ces vieilles personnes, les voyant s’’étioler, s’éteindre et les accompagnant jusqu’au bout.

Kayi
« Même si ce n’est pas la même culture, ni la même langue, on parle le même langage humain. On ne voit pas la couleur des yeux ni celle de la peau, on ressent. »

Nadia
« L’accompagnement, c’est une qualité de présence, ce qui fait la différence. On travaille dans une dynamique de mort mentale, ça devient une politique de récession, donc de mort. Il faut faire connaître notre métier et qu’il soit mieux payé. »

Jasmine
« Je ne fais plus cas au racisme, j’ai dépassé ce stade. J’aimais ses sourires qu’il me donnait sans se forcer. Il disait "nègre" et à Bichat, il n’a eu que ça. »

Sadia
« Les bourgeois, ils n’ont pas d’affection, ils n’ont pas le temps. »

Nicole
« Je l’aide et elle me répare. »

Asmaa
« La mort on y va tous, c’est comme un chat qu’on caresse, il faut l’apprivoiser. »

Ces dizaines de témoignages, qui croisent le fil narratif adopté par Dominique Picard, – à travers lequel elle donne du mouvement, de la vie et parfois même de la légèreté à un sujet pour le moins délicat – ouvrent de précieux espaces à la réflexion. On entre, concrètement, dans un monde peu connu en suivant celles et ceux qui nous parlent avec simplicité de leur travail près de ces êtres arrivés au soir de leur vie.


Dominique Picard, L’air du soir, éditions Le bel été.

Jacques Josse

9 avril 2021