27 septembre 2025
"Perte de connaissance " dernier livre de Dominique Picard
40 pages, 14 euros
" Je suis aussi sujette à l'évanouissement, ce sentiment unique, indéfinissable, dispersion lente au fond d'un trou qui amène la perte de connaissance "
Place Lesseps de Dominique Picard
Dans ce court récit ( mais il ne faut pas se fier à cette brièveté), auquel un voyage ou plutôt plusieurs voyages de l'auteure avec sa mère à Barcelone et à différentes époques, servent de fils conducteurs, de nombreuses thématiques s'entremêlent: la vie de la famille avant la guerre civile, les souffrances endurées pendant la répression ( " l'exil ne m'a pas semblé plus dur que la faim "), l'éteignoir mis par les franquistes sur la vie quotidienne des Catalans, la violence des affrontements, la résurgence du passé en dépit des destructions et des mutations de la ville etc.
Y transparaît aussi la relation mère-fille dont la complexité s'exprime par exemple dans la non transmission de la langue catalane à l'enfant ( "La parenté si proche de cette langue inconnue dont elle affirmait que nous aurions pu la parler ne souffrait pas le partage...") et que le voyage dans la ville natale de la mère, alors plus âgée, plus fragile, transforme en un lien plus étroit et charnel.
On aime cet entrelacement des temps, celui des récits des voyages à Barcelone, de l'enfance de l'auteure, de celle de sa mère, toutes ces temporalités où l'on se perd parfois.
A sa façon, Dominique Picard est une vraie peintre, ses petites touches précises, claires sonnent juste et ont beaucoup de force évocatrice. Et puis , il y a cette émotion contenue qui, en dépit du style (volontairement ?) distancié, traverse tout le texte et nous bouleverse.
Juin 2023, Yolande Fermon, lectrice
18 juin 2023. Nouveau livre de Dominique Picard: « Place Lesseps » . Français / Catalan
50 pages, 14 euros
L'exil ne m'a pas semblé plus dur que la faim
Voyage à Barcelone de l'auteure et de sa mère réfugiée de la guerre d'Espagne.
L'exili no m'ha semblat més dur que la fam
Notes del viatge a Barcelona de l'autora i de la seva mare, refugiada de la Guerra Civil Espanyola.
Cet ouvrage rassemble cinq textes à propos de l’artiste Bénédicte Hubert Darbois et de son œuvre.
" Les Grands Magasins du Louvre ", Dominique Picard, 81 pages, prix: 14 euros
Depuis Madeleine au Bois d'Amour, un de ses premiers ouvrages, Dominique Picard décrit son expérience personnelle, des épisodes vécus, vus, entendus, sous forme de récits, de fragments, de textes courts, sans chronologie, juxtaposés, ressassant les mêmes motifs.
Dans Les Grands Magasins du Louvre, elle se souvient de son arrivée à Paris en 1970, évoque un couple, une ville de province et ce qu'elle appelle, le gris des femmes
" Croquis, ébauches, esquisses " ( juillet 2021 )
- 90 pages, 14 euros -
Des croquis d'artistes et d'écrivains: Léo Delarue, Pierre Bergounioux, Bénédicte Hubert Darbois, Jean-Yves Pennec, Hélène Launois, Michel Dugué, Claude Briand-Picard, Loly Darcel, Dominiqur De Beir.
Des esquisses, un journal de voyage et des textes courts: Malagar, Barcelonne, des îles, un autoportrait.
Dominique Picard continue d'interroger sa curiosité de la peinture et de la musique.
Note de Jacques Josse publiée en avril 2021 dans la revue remue.net
Récit de Dominique Picard
Ce n’est pas
seulement de fin de vie dont il est ici question mais aussi du quotidien de
celles (ce sont en effet la plupart du temps des femmes) qui accompagnent les
personnes âgées dans leurs derniers mois, dernières semaines, derniers jours.
Pendant vingt ans, de 1988 à 2008, Dominique Picard a dirigé à Paris une
association venant en aide à ceux qui, malgré le grand âge, souhaitent terminer
leur vie (ou tout au moins rester le plus longtemps possible) chez eux. Elle évoque
les différents obstacles qu’il faut surmonter pour que cela se passe au mieux
et met en lumière le travail invisible, ingrat, harassant et déstabilisant des
intervenants à domicile.
« Ces appartements vétustes sentent la pharmacie et la poussière, de
grands salons, mais des cuisines et des salles de bain exiguës, des équipements
fissurés, qui favorisent des écoulements. Des fauteuils et des divans, on voit
les péniches sur la Seine, la Tour Eiffel ou le dôme de l’Hôtel des
Invalides. »
Il y a l’ancien juge, la photographe, le conseiller d’état, l’antiquaire,
le retraité de Gaz de France, le peintre, la morphinomane, celle qui fut miss
Allier, celui qui connaissait Jean Guitton, bien d’autres qui égrènent quelques
souvenirs de leur vie d’antan ou qui ne s’en rappellent tout simplement plus.
Il y a les doux, les odieux, les racistes, les amoureux, les irascibles, les
élégants raffinés, les petits bourgeois autoritaires et près d’eux, dans leur
appartement de gens plutôt aisés, les salariés de l’association qui passent des
heures, jour et nuit, au chevet de ces êtres en bout de course.
« J’explique le métier, les aides à domicile, des femmes, près de deux
cents maintenant venues d’Afrique : Cameroun, Sénégal, Mali, Burkina Faso,
Togo, Maroc, Algérie, Tunisie mais aussi de Colombie, d’Iran, du Liban, de
Roumanie, de Pologne, plusieurs, parfois, chez une même personne, la guerre
entre elles quand la mort est là avec les esprits mal intentionnés qui viennent
perturber les vivants, et les sorts. Dans mon bureau, on raconte ces dieux qui
font souffrir, on pleure, j’écoute. Les décès, sept, huit, tous les
mois. »
Outre l’immersion au sein de l’association, l’organisation mise en place,
l’appui psychologique, l’investissement humain que nécessite ce travail de l’ombre
et les frottements des différentes cultures – qui appréhendent la mort
différemment –, la force du livre de Dominique Picard réside dans la parole
donnée aux femmes qui assistent ces vieilles personnes, les voyant s’’étioler,
s’éteindre et les accompagnant jusqu’au bout.
Kayi
« Même si ce n’est pas la même culture, ni la même langue, on
parle le même langage humain. On ne voit pas la couleur des yeux ni celle de la
peau, on ressent. »
Nadia
« L’accompagnement, c’est une qualité de présence, ce qui
fait la différence. On travaille dans une dynamique de mort mentale, ça devient
une politique de récession, donc de mort. Il faut faire connaître notre métier
et qu’il soit mieux payé. »
Jasmine
« Je ne fais plus cas au racisme, j’ai dépassé ce stade.
J’aimais ses sourires qu’il me donnait sans se forcer. Il disait
"nègre" et à Bichat, il n’a eu que ça. »
Sadia
« Les bourgeois, ils n’ont pas d’affection, ils n’ont pas le
temps. »
Nicole
« Je l’aide et elle me répare. »
Asmaa
« La mort on y va tous, c’est comme un chat qu’on caresse, il
faut l’apprivoiser. »
Ces dizaines de témoignages, qui croisent le fil narratif adopté par
Dominique Picard, – à travers lequel elle donne du mouvement, de la vie et
parfois même de la légèreté à un sujet pour le moins délicat – ouvrent de
précieux espaces à la réflexion. On entre, concrètement, dans un monde peu
connu en suivant celles et ceux qui nous parlent avec simplicité de leur
travail près de ces êtres arrivés au soir de leur vie.
Dominique Picard, L’air du soir,
éditions Le bel été.
Jacques Josse
9 avril 2021
Dernier livre de Dominique Picard : « L’air du soir « , 115 pages, 14 euros.
A Paris, de 1988 à 2008, Dominique Picard dirige une association d'aide aux personnes âgées.
Dans L'air du soir, elle décrit sa quotidienneté et recueille la parole des intervenants à domicile.
Chère Dominique,
Ton livre est
poignant, et pourtant, à te lire, malgré le sujet pas facile, je l’ai trouvé
très agréable et plein de vie.
Le montage des témoignages à côté
du récit donne une respiration et une légèreté à cette succession de vies qui
n’arrêtent pas de s’éteindre.
C’est un livre poignant par
l’envergure que révèle le travail des intervenants à domicile face à ces
personnes qu’ils aident à vivre leurs derniers moments. Ce qu’ils disent est
simple, de vérité et de profondeur. En face, le récit est sans pathos ni
fioritures, juste des essentiels de couleur agréables à suivre et captivants.
Je l’avoue il m’a aussi un peu remué.
Un témoignage d’humanité, car la
magie dans tout ce que ton livre raconte c’est qu’il y a dans L’air du soir, plein de relations, de
rencontres et d’amour.
Bernard Cousinier
Artiste-plasticien